
AUCKLAND, le 17 octobre - La Nouvelle-Zélande et la France ont peut-être atteint la finale grâce à des styles de jeu très différents, mais toutes deux semblent avoir adopté la bonne approche pour se défaire respectivement de l’Australie et du pays de Galles, en demi-finale de la CdM 2011.
FRANCE
La France s’est péniblement qualifiée pour la finale de la Coupe du Monde en réalisant un match très défensif contre une équipe galloise réduite à 14 hommes. Les Bleus se sont imposés 9-8 en demi-finale à l’Eden Park samedi.
Une grande partie de l’analyse d’après-match a été consacrée à l’expulsion à la 19e minute du capitaine gallois, Sam Warburton, auteur d’un plaquage cathédrale sur l’ailier français Vincent Clerc, ainsi qu'à l'incapacité du XV tricolore à asseoir sa domination à partir de cet avantage numérique.
Force est de constater que l’attaque française a bien été contrecarrée par la défense galloise, qui a su tuer dans l'oeuf toutes les velléités offensives des Bleus. Du coup, l'équipe de France a dû opter pour un schéma de jeu plus minimaliste et défensif, une stratégie risquée.
Lors de la première mi-temps contre l’Angleterre en quarts de finale, les Bleus ont pourtant montré ce dont ils sont capables lorsqu’ils ont de l’inspiration et qu'ils font vivre le ballon. Pendant près de 40 minutes, ils ont fait courir les Anglais dans tous les sens et pris l’avantage 16-0, un écart décisif pour la suite.
Contre le pays de Galles, ils ont volontairement pratiqué un rugby a minima, gérant de cette manière leur avantage au score sans prendre le risque de désorganiser leur dispositif défensif. Une option qui a déçu pas mal d'observateurs, persuadés que les Bleus allaient prendre les espaces, une fois les Gallois à 14. Aussi incroyable que cela puisse paraître, la France n’a pourtant investi le camp gallois qu’à deux reprises lors de la seconde mi-temps.
Toutefois, elle a eu le mérite de se montrer très disciplinée en défense et de tenir bon face à une attaque galloise elle aussi à la peine pour concrétiser sa domination territoriale en points.
Si les Bleus se sont montrés disciplinés sur le terrain, certaines remarques du sélectionneur Marc Liévremont en conférence de presse laisse penser qu'ils l'ont été un peu moins hors du terrain. Quelques joueurs sont sortis en ville pour célébrer leur succès en demi-finales, en dépit des consignes d'un coach qui a déjà connu, en 1999, les déboires d'une finale pas assez préparée, car trop fêtée en amont.
« J’avais demandé aux joueurs de ne pas sortir et certains sont sortis », a déclaré Lièvremont dimanche. « J’avais demandé aux joueurs de ne pas sortir et certains sont sortis. Je leur ai dit que c’étaient des sales gosses, égoïstes, désobéissants qui me les cassaient depuis quatre ans et qu’en même temps on est en finale. »
Pour revenir au jeu, Français et Néo-Zélandais ne sont jamais aussi forts que quand ils réussissent bien leurs entames.
Si les Français décident d’adopter un plan de jeu semblable à celui du quart de finale contre l’Angleterre, on les verra commencer très fort, prendre l’avantage tôt dans le match et ensuite le défendre grâce au jeu au pied du demi d’ouverture, Morgan Parra, et du demi de mêlée, Dimitri Yachvili.
Si la Nouvelle-Zélande décide de commencer très fort elle aussi, à l’image de ce qu’elle a montré contre l’Australie dimanche, alors les Français pourraient se retrouver en difficulté. En effet, ils n’ont guère réussi à recoller au score lors de cette Coupe du Monde, comme l’a montré leur défaite 19-14 contre les Tonga en poules.
Rares sont ceux qui estiment que la France a une chance de s’imposer contre les All Blacks en finale. La défaite 37-17 en match de poule sonne déjà comme un sérieux avertissement. Mais c’est quand les Bleus sont libérés de toute pression qu’ils se montrent le plus dangereux et démontrent toute la palette de leur talent offensif.
NOUVELLE-ZELANDE
Les All Blacks sont sur la voie royale. En demi-finale, ils ont livré un match montrant tout leur liant collectif et mis fin aux espoirs des Wallabies d’accéder à la finale en s’imposant 20-6 à l’Eden Park dimanche.
Les fans néo-zélandais ont pourtant tremblé lorsque le demi d’ouverture Dan Carter, star des All Blacks, a dû déclarer forfait pour le reste de la Coupe du Monde en raison d’une blessure aux adducteurs survenue lors d’un entraînement peu avant le match de poule contre le Canada au début du mois. Rebelote quelques jours plus tard lorsque son remplaçant, Colin Slade, se blesse lui aussi et se retrouve sur le flanc jusqu’à la fin du tournoi.
La suite a montré que les supporters des All Blacks n’avaient, en apparence, rien à craindre. Aaron Cruden, le demi d’ouverture de 22 ans, a livré une prestation convaincante contre les Wallabies et s’est montré tout à fait en mesure de mener les favoris du tournoi à leur première finale de Coupe du Monde depuis celle de 1995.
Le trio arrière des All Blacks, formé d’Israel Dagg, Cory Jane et Richard Kahui, est aussi une source permanente de danger offensif. Il s’est montré constamment menaçant en attaque contre les Wallabies, récupérant notamment tous les ballons hauts avec une facilité déconcertante.
Lors des rares fois où un long ballon des Wallabies a pénétré leur ligne des 22 mètres, la réaction d'Israel Dagg ne s’est pas faite attendre, et son jeu au pied a renvoyé sans trembler les Australiens dans leur moitié de terrain.
Dans cette CdM 2011, toutes les équipes ont mentionné l’importance de gagner les batailles physiques. Il n’est pas besoin de regarder plus loin que le banc australien, émaillé de corps meurtris, pour constater que rares sont les matches où l’intensité est encore plus forte que contre les All Blacks à l’Eden Park.
Les Néo-Zélandais n’ont pas seulement remporté cette bataille physique. Grâce à leur défense féroce et à son impact sur les regroupements, ils ont pu récupérer de nombreux ballons et pratiquer un rugby pragmatique en essayant de convertir en points au pied toutes les occasions qui leur étaient proposées.
Les All Blacks forment en plus une équipe très unie autour du leadership du capitaine Richie McCaw.
Pour l’entraîneur adjoint Steve Hanson, l’imperméabilité de leur défense est l’illustration parfaite de cette unité : « La défense reflète l’attitude de l’équipe et les liens qu’il y a entre les joueurs. Elle reflète la camaraderie au sein du groupe et la volonté de plaquer pour son coéquipier. »
La Nouvelle-Zélande aurait même pu s’imposer avec une marge encore plus importance si Piri Weepu, le demi de mêlée, avait été plus efficace au pied. A sa décharge, il était affaibli par un léger coup de froid.
Pour les All Blacks, le plus grand défi sera donc de gérer leur statut de grand favori contre une équipe qu’ils qualifient eux-mêmes de « bête noire ». En effet, la défaite en quart de finale de la CdM 2007 contre la France - sans oublier celle en demi-finale de la CdM 1999 -, alors qu’ils étaient favoris, continue de hanter les esprits néo-zélandais.
Dimanche prochain, ils auront l’occasion de se défaire de leurs vieux démons. S’ils sont en forme, les All Blacks ont en tout cas tous les atouts pour y parvenir.
RNS eds/pj/jb/lc/mp











