
WELLINGTON, le 2 octobre - La soirée a été dure. La nuit a été longue. Juste après la défaite historique des Bleus contre les Tonga (19-14), Marc Lièvremont avait le masque, mais il voulait essayer de positiver.
« J'ai toujours confiance en eux. Bien sûr, il va falloir être plus présents dans le combat, dans la précision. Maintenant, on n'a pas le choix, on est encore dans l'aventure, j'ai toujours envie de me battre, comme mes joueurs. »
Quelques heures plus tard, après une courte nuit, Marc Lièvremont se présente devant la presse à Wellington. Son visage est marqué. Ses mots sont durs. La nuit n'a visiblement pas porté conseil aux Bleus.
« J'aurais voulu hier soir que l'on se retrouve autour d'un verre, qu'on parle, qu'on échange, qu'on se dise que l'aventure est belle, malgré tout. Et j'ai été déçu. A la sortie de la conférence de presse, j'ai sorti trois packs de bières pour qu'on se lâche. Et on s'est éparpillés. C'est une forme de déception. »
Comparé à Domenech
Le fantôme de Raymond Domenech et de la pathétique Coupe du Monde des footballeurs français en 2010 rôde dans les couloirs de l'hôtel tricolore.
« Pour certains, je ne suis peut-être qu'un entraîneur de Pro D2, absolument pas compétent pour entraîner une équipe du standing de la France. Certains me comparent à Raymond Domenech. Sachez que j'ai le plus grand respect pour lui. Il s'est battu. Je sais ce que cela veut dire et, je le répète, je n'ai absolument pas envie de lâcher. Le rugby français et les joueurs se sont gaussés des footballeurs l'an passé. Mais d'une certaine manière, on n'est pas descendus du bus. »
La critique est dure. Lièvremont ne comprend pas les contre-performances de ses joueurs. Jamais les Bleus n'avaient perdu deux matches de poules dans une Coupe du Monde de rugby. Jamais ils n'avaient perdu contre un adversaire du calibre des Tonga. Cette défaite, historique, est amère. Elle ressemble à deux autres revers sous l'ère Lièvremont, qui avaient fait couler beaucoup d'encre. Au mois de novembre 2010, les Bleus avaient été dépassés par les Australiens (59-16). Lors du dernier Tournoi des Six Nations, les Tricolores avaient perdu pour la première fois de leur histoire dans le tournoi face à l'Italie (22-21).
« Je pensais avoir fait le tour en termes de honte. Mais cela a été encore extrêmement violent. Chaque passe manquée, chaque plaquage manqué, je les reçois comme un profond échec personnel. »
« J'ai ma part de responsabilités mais vous pensez sincèrement que c'est à cause de ça, de mon management, qu'on a failli dans l'engagement ? Il y a une dynamique collective qui ne se réalise pas. »
Hommage au capitaine
Dans ce flot de critiques, dans cette mer de déception, Marc Lièvremont a tenu tout de même à rendre hommage à son capitaine, Thierry Dusautoir :
« Je veux adresser un message à Thierry Dusautoir. Lui seul est exemplaire. Il laisse énormément d'énergie pour mobiliser ses mecs. Il est extrêmement critiqué. Qu'il se concentre sur sa performance. »
La semaine promet d'être longue. Lièvremont dispose de sept jours pour remobiliser ses troupes. Car, malgré la défaite, la France est toujours en vie et qualifiée pour les quarts de finale. Elle rencontrera l'Angleterre à l'Eden Park d'Auckland le samedi 8 octobre.
« Par nature, je me bats, je crois aux hommes, à un groupe qui, je l'espère, sait se prendre en main. J'ai des joueurs expérimentés et talentueux. Mais peut-être pas aussi talentueux que je le pensais. »
« J'ai du respect, de l'estime pour eux, je leur parle avec franchise. Je pense que c'est réciproque même si je ne me fais pas d'illusions. J'attends toujours cette rébellion de la part des joueurs. Ça leur appartient.»
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